Resina Sacra

Oliban B

Boswellia : comprendre les différentes espèces d’encens oliban

Quand on prononce le mot “oliban”, beaucoup imaginent une odeur unique, presque archétypale : celle des encens d’église, des temples ou des boutiques orientales. Pourtant, derrière ce terme se cache une véritable constellation d’arbres, de terroirs et de profils olfactifs, qui n’offrent pas tous la même expérience en fumigation. Pour qui utilise l’encens dans la méditation ou les rituels, comprendre cette diversité permet de choisir plus consciemment ses résines, au lieu de se fier à un simple “encens oliban” générique.

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Dans cet article, nous allons suivre le fil qui relie les Boswellia à nos brûle-parfums : de la botanique aux familles olfactives, des usages méditatifs aux mélanges rituels, en passant par les grades commerciaux et un nécessaire « fact-checking » sur les promesses exagérées. L’objectif n’est pas de sacraliser un grade ou une origine, mais de donner des repères pour construire une pratique éclairée, respectueuse des arbres, des récoltants et de votre propre nez.

Sous le mot “oliban”, une famille d’arbres et de résines 

Boswellia et Commiphora : cousins résineux d’une même famille 

Les arbres à encens que nous appelons Boswellia appartiennent à la famille botanique des Burseraceae, la même que celle des Commiphora, sources de nombreuses myrrhes. On retrouve ces espèces dans des zones arides ou semi-arides : pentes rocheuses d’Oman, plateaux de Somalie, collines d’Éthiopie ou d’Inde, où elles se sont adaptées à des sols pauvres, aux vents secs et à des pluies rares.

Parmi les espèces les plus citées pour l’oliban, on peut mentionner Boswellia sacra (Arabie, Oman, Yémen), Boswellia carterii (Corne de l’Afrique, notamment Somalie), Boswellia frereana (Somalie), Boswellia papyrifera (Éthiopie, Soudan, Érythrée), Boswellia serrata (Inde) et quelques autres espèces plus locales. Toutes produisent une oléo-gomme-résine aromatique lorsqu’on incise l’écorce, mais avec des compositions et donc des parfums légèrement différents.

Pourquoi on dit “oliban” ou “frankincense” au lieu de Boswellia 

Dans le langage courant, on parle rarement de “Boswellia sacra” ou de “Boswellia serrata” lorsqu’on achète de l’encens : on demande plutôt de l’“oliban” ou du “frankincense”. Ces termes viennent de longues histoires commerciales : routes caravanières entre la péninsule Arabique, la Corne de l’Afrique et le bassin méditerranéen, liturgie chrétienne, marchés du Moyen-Orient et de l’Inde.

“Oliban” ne désigne donc pas une espèce unique, mais un ensemble de résines issues de différents Boswellia, perçues comme appartenant à la même famille aromatique : une base résineuse lumineuse, souvent citronnée, légèrement épicée, qui a marqué des millénaires de rites et de gestes sacrés. Cette généralisation a son charme, mais elle brouille aussi les différences importantes entre espèces et terroirs, notamment lorsqu’on cherche un encens adapté à une pratique méditative précise.

Gomme-résine, larmes, grains : anatomie matérielle de l’encens 

Pour comprendre ce que signifient “grade” ou “première qualité”, il faut d’abord regarder l’oliban avec les yeux, pas seulement avec le nez. Lorsque l’écorce d’un Boswellia est incisée avec un outil spécifique (comme le “mengaff” dans certaines régions), la sève s’écoule et se solidifie à l’air en petites masses translucides : ce sont les larmes d’encens.

Ces larmes peuvent être plus ou moins rondes, anguleuses ou plates, plus ou moins claires ou opaques, et contenir des morceaux d’écorce ou de sable : autant de détails qui compteront dans le tri et la formation des “grades”. En commerce, elles sont vendues en grains ou en fragments, parfois mélangées, parfois triées par taille, couleur ou propreté. C’est à partir de cette matière très concrète que se construisent, ensuite, les discours sur la “meilleure qualité” ou l’“encens des rois”.

 

Les grandes familles olfactives des Boswellia 

Olibans frais et citronnés : Boswellia sacra / carterii et apparentés 

Beaucoup de personnes associent l’oliban à un parfum frais, presque aérien : des notes résineuses claires, citronnées, avec parfois une pointe camphrée sur fond balsamique. Ce profil est souvent lié aux résines de Boswellia sacra et de Boswellia carterii, qu’on trouve en Oman, au Yémen et dans la Corne de l’Afrique, notamment en Somalie. Dans certaines régions, ces résines sont classées en grades (par exemple Hojari, “green”, etc.) selon la couleur et la pureté des larmes, mais la signature olfactive reste celle d’un encens lumineux, volontiers associé à la prière et à la liturgie.

À la combustion, ces résines dégagent une fumée souvent perçue comme “claire” : elle remplit l’espace sans l’alourdir, surtout si l’on dose avec parcimonie. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces oliban sont fréquemment choisis pour la méditation, les temps de silence ou les moments de recentrage.

Olibans doux et balsamiques : frereana, certains papyrifera… 

À côté de ces profils frais, certaines résines d’oliban offrent une douceur plus ronde : la fumée est perçue comme plus enveloppante, avec des nuances miellées, légèrement gourmandes, parfois moins citronnées. C’est le cas de Boswellia frereana, une espèce somalienne parfois appelée “encens des Somalis”, dont certaines résines sont aussi mâchées comme une gomme parfumée dans des contextes traditionnels.

On retrouve des profils balsamiques comparables dans certains lots de Boswellia papyrifera d’Éthiopie ou du Soudan, bien que cette espèce soit aussi utilisée pour d’autres usages (par exemple comme matière première pour des extraits ou dans certains contextes liturgiques). Pour les pratiques méditatives et rituelles, ces oliban “doux” peuvent créer des ambiances plus enveloppantes, moins incisives, adaptées à des moments où l’on cherche davantage de chaleur que de clarté.

Olibans boisés et épicés : Boswellia serrata et quelques terroirs particuliers

Boswellia serrata, associée surtout au sous-continent indien, donne une résine dont le profil olfactif diffère légèrement des encens d’Arabie ou de Somalie : on y perçoit des nuances plus boisées, parfois épicées, avec une fumée qui peut être ressentie comme plus “terre à terre”. Cette espèce est largement utilisée dans certains rites religieux indiens, mais aussi comme source d’extraits pour compléments alimentaires, ce qui influence ses circuits de collecte et de transformation.

Dans la pratique rituelle et méditative, ces notes boisées peuvent intéresser celles et ceux qui cherchent une atmosphère plus ancrée, moins citronnée, ou qui souhaitent varier les paysages olfactifs. Là encore, il n’y a pas de hiérarchie : il s’agit de reconnaître ces différences pour choisir en conscience ce qui accompagne le mieux tel moment ou tel rite.

Une palette plutôt qu’un “meilleur” encens : apprendre à décrire ce que l’on sent 

Plutôt que de chercher “le meilleur oliban”, il est utile de penser en termes de palette : frais/citronné, doux/balsamique, boisé/épicé, fumée dense ou légère, montée rapide ou plus progressive. Tenir quelques mots-clés, même simples, permet déjà de mieux décrire ce que l’on sent : un Boswellia sacra clair, au parfum citronné, n’offre pas la même ambiance qu’un Boswellia frereana plus doux ou qu’un Boswellia serrata plus boisé.

Cette palette n’est pas figée : les terroirs, les pratiques de récolte, les saisons introduisent encore d’autres nuances. Mais pour la pratique quotidienne, disposer de trois ou quatre grandes familles olfactives est déjà une aide précieuse pour aligner ses encens avec ses intentions méditatives ou rituelles.

De la méditation aux rituels : choisir son Boswellia pour l’expérience souhaitée 

Pour la méditation : clarté, légèreté, fumée maîtrisée 

Pour une méditation silencieuse, beaucoup recherchent une fumée qui ouvre l’espace sans le saturer, qui accompagne sans distraire. Des lots de Boswellia sacra ou carterii clairs, triés pour des larmes relativement propres, sont souvent adaptés à cet usage : ils offrent des notes fraîches, légèrement citronnées, qui peuvent être perçues comme clarifiantes sans que l’on ait besoin d’y projeter des promesses thérapeutiques.

La clé, en pratique, réside moins dans le grade affiché que dans la manière d’utiliser la résine : un ou deux petits grains sur un charbon bien allumé, dans une pièce ventilée, suffisent souvent pour créer une atmosphère propice au recueillement. En diminuant simplement la dose ou en utilisant un brûleur à chaleur douce, on peut prolonger discrètement la présence de l’encens pendant la durée de la méditation.

Pour les rituels de purification et de passage : densité et gravité de la fumée 

Certaines situations – rituels de purification symbolique, bénédiction d’un lieu, cérémonies de passage – appellent au contraire une fumée plus dense, plus visible, plus “présente”. On peut alors se tourner vers des résines au profil plus balsamique ou plus sombre : certains Boswellia frereana, Boswellia papyrifera ou des mélanges où l’oliban est associé à de la myrrhe.

Dans ces contextes, la fumée devient un acteur visible du rite : elle marque l’espace, dessine le trajet du geste, accompagne les paroles ou les silences. La question n’est pas de prouver scientifiquement que cette fumée “purifie” au sens strict, mais de reconnaître la place qu’elle occupe dans les symboliques de passage, de protection et de transformation, tout en gardant les précautions nécessaires pour la qualité de l’air intérieur.

Adapter la résine à l’espace et au temps : petite pièce, grande pièce, rituel court ou prolongé 

Le même oliban ne se comportera pas pareil dans un petit salon et dans une grande salle, pour un rituel de cinq minutes ou une veillée d’une heure. Dans une pièce réduite, il vaut mieux commencer par de très petites quantités, observer la montée de la fumée et ajuster : mieux vaut ajouter un grain que regretter d’avoir saturé l’air.

Les charbons auto-inflammables produisent une chaleur intense qui fait fondre rapidement la résine et dégage une fumée dense ; les brûleurs à chaleur douce (avec une bougie ou une résistance) permettent une diffusion plus lente, souvent mieux adaptée aux méditations longues. Dans tous les cas, la sécurité reste prioritaire : support résistant à la chaleur, surveillance permanente, fenêtres que l’on peut ouvrir, attention aux enfants et aux animaux.

Écouter sa propre pratique : carnets de fumigation et repères personnels 

Face à la diversité des Boswellia, une approche utile consiste à tenir un petit carnet de fumigation. À chaque séance, on peut noter : quelle résine (espèce, origine, éventuel grade), dans quel contexte (méditation, rituel, moment de la journée), et quelles impressions olfactives ou atmosphériques.

Au fil du temps, ce carnet devient une cartographie personnelle : on découvre que tel Boswellia somalien convient parfaitement aux méditations du matin, qu’un mélange oliban–myrrhe soutient certains rites de passage, ou qu’un Boswellia serrata boisé se prête mieux à des moments d’ancrage. Ces repères valent souvent davantage que les classements dogmatiques ou les listes de “propriétés” trouvées en ligne.

Mélanges rituels : dialogues entre oliban, myrrhe, benjoin et autres résines 

Le couple classique oliban–myrrhe : lumière et profondeur

Associer oliban et myrrhe est un motif ancien, présent dans différents contextes religieux et rituels : l’oliban apporte une lumière, une note plus fraîche et montante, tandis que la myrrhe ajoute une profondeur plus sombre, parfois légèrement fumée ou terreuse. Dans certaines traditions, ce duo marque des moments de passage : funérailles, rites de purification, célébrations importantes.

Pour une pratique contemporaine, ce mélange peut être dosé de manière plus douce : quelques grains d’oliban et de petites larmes de myrrhe suffisent à créer un climat plus grave, sans rendre la fumée étouffante. Là encore, le but n’est pas de reproduire exactement un rituel ancien, mais de comprendre ce que chaque résine apporte à la scène olfactive et symbolique que l’on souhaite créer.

Oliban et benjoin : douceur balsamique pour les espaces habités 

Le benjoin, résine aromatique issue notamment de Styrax tonkinensis ou Styrax benzoin, offre des notes balsamiques, vanillées, parfois amandées, très appréciées dans les espaces habités. Combiné à un oliban lumineux, il donne des fumigations qui évoquent à la fois la prière et la chaleur d’un foyer, particulièrement adaptées aux fins de journée, aux cercles de parole ou aux méditations partagées.

Dans un tel mélange, l’oliban garde un rôle de “colonne vertébrale” olfactive, tandis que le benjoin arrondit les angles, adoucit la perception de la fumée, en particulier dans les intérieurs où l’on souhaite une atmosphère chaleureuse sans agressivité. Comme toujours, la dose et la ventilation restent déterminantes pour conserver le plaisir de la fumigation.

Explorer ses propres accords : règles simples pour ne pas saturer la pièce 

En dehors de ces couples classiques, chacun peut élaborer ses accords : oliban avec copal, avec des bois aromatiques, voire avec de petites touches de plantes sèches. Une règle simple consiste à garder l’oliban comme base principale (par exemple deux tiers) et à ajouter les autres résines en petites proportions, en testant d’abord sur quelques minutes.

Si la fumée devient trop lourde ou irritante, on peut : réduire la quantité, espacer les fumigations, privilégier un brûleur à chaleur douce, ou choisir des résines aux profils plus légers. L’important n’est pas de multiplier les ingrédients, mais de comprendre ce que chacun apporte à l’ensemble, tant sur le plan olfactif que sur le plan symbolique.

Rituels, symbolique et respect : ce que l’on transmet dans la fumée 

Dans beaucoup de cultures, brûler de l’oliban et d’autres résines signifie : ouvrir un espace sacré, saluer des ancêtres, marquer une transition, ou simplement consacrer un moment à la prière et à l’attention. Décrire ces pratiques avec respect n’implique pas d’adhérer à toutes les croyances, mais de reconnaître la place que ces gestes occupent dans la mémoire collective et dans la vie des communautés.

La science peut éclairer certains aspects : rôle de l’odeur dans la perception du temps, effet de la fumigation sur l’ambiance et la concentration, importance du rituel dans le bien-être subjectif. Elle ne dit pas tout de l’expérience intérieure, mais elle rappelle aussi que la fumée, quel que soit son symbolisme, nécessite une pratique prudente, surtout en intérieur.

Grades, “première qualité” et marketing : comment lire les promesses sans se perdre 

Ce que signifient (vraiment) les grades : taille, propreté, couleur, destination

Dans les régions de production, les résines d’oliban sont souvent triées en différents “grades”, en fonction de critères comme la taille des larmes, leur couleur (plus ou moins claire), la présence d’impuretés (morceaux d’écorce, sable), et parfois la destination prévue (fumigation, distillation, usages locaux spécifiques). Un “grade 1” désigne ainsi souvent des larmes plus grosses et plus claires, avec peu d’inclusions, tandis que des grades inférieurs peuvent mêler larmes plus petites, plus foncées ou plus mélangées.

Cependant, il n’existe pas de standard international unique qui unifierait tous ces systèmes : un “grade 1” en Oman ne correspond pas forcément à un “grade 1” en Éthiopie ou en Somalie, et les termes peuvent varier selon les exportateurs et les marchés. Comprendre ces grades comme des conventions locales, liées à des pratiques de tri, aide à relativiser les promesses parfois très absolues des descriptifs commerciaux.

“Oliban premium”, “Hojari”, “encens des rois” : entre réalité de terroir et storytelling 

Certains termes, comme “Hojari”, “green Hojari”, “royal”, “premium”, renvoient à des résines spécifiques, souvent issues de zones réputées (comme certaines régions du Dhofar, à Oman) et à des lots particulièrement clairs, triés avec soin. Ces résines peuvent présenter effectivement une grande pureté visuelle et un parfum très apprécié, ce qui justifie en partie leur réputation et leur prix plus élevé.

Mais, au fil du temps, ces noms se chargent aussi de storytelling : “encens des rois”, “meilleur oliban du monde”, “vibration la plus élevée”, etc. Ces formules ne décrivent pas un constat scientifique, mais un mélange de tradition, de marketing et de préférences subjectives. Des Boswellia somaliens ou éthiopiens bien récoltés et bien triés peuvent offrir une qualité tout à fait comparable pour la méditation ou les rituels, même s’ils n’entrent pas dans ces hiérarchies implicites.

Reconnaître un lot sérieux sans se fier uniquement aux slogans

Plutôt que de se laisser guider uniquement par les superlatifs, on peut regarder des critères plus concrets : homogénéité du lot, propreté relative, absence d’odeur rance ou poussiéreuse, informations sur l’espèce botanique (Boswellia sacra, carterii, serrata, etc.) et, si possible, sur la région d’origine. Un vendeur qui mentionne clairement “Boswellia carterii, Somalie – région Hasasha, Sanaag” donne déjà plus de repères qu’un simple “encens oliban premium” sans détails.

Les photos des larmes, lorsqu’elles sont fidèles, peuvent aussi aider : larmes très cassées, très foncées, très mélangées avec des débris peuvent signaler un lot plus ancien ou moins trié, ce qui n’est pas forcément un problème pour tous les usages, mais qui doit être connu de l’acheteur. Là encore, le choix dépend du contexte : pour un rituel ponctuel, un mélange honnête peut suffire ; pour une pratique méditative régulière, on privilégiera peut-être des lots plus homogènes.

Fact-checking (vérification des faits) : ce que les grades ne garantissent pas 

Même un grade “royal” ne garantit pas des effets miraculeux sur la santé, la spiritualité ou la vie émotionnelle. Les grades parlent de la résine en tant que matière : couleur, taille, pureté visuelle, parfois fraîcheur relative. Ils ne permettent pas d’affirmer que tel lot “guérit”, “purifie toute énergie négative” ou “remplace un traitement médical”.

Les études scientifiques sur Boswellia portent plutôt sur des extraits standardisés (par exemple sur les acides boswelliques) utilisés dans des conditions précises, et non sur la simple fumigation domestique. Confondre ces domaines conduit à des promesses exagérées : c’est là que le fact-checking devient nécessaire, pour rappeler ce que l’on sait, ce que l’on suppose et ce que l’on ignore encore.

Idées reçues et promesses exagérées autour de l’oliban

“L’oliban remplace un traitement médical” : confusion entre remède traditionnel et médecine moderne

On lit parfois que l’oliban, en particulier Boswellia serrata, “remplace” certains traitements médicaux contemporains. Ces affirmations s’appuient souvent sur des études exploratoires qui montrent des effets de certains extraits de Boswellia sur des modèles animaux ou des contextes cliniques très encadrés, mais elles oublient le pas énorme entre ces protocoles et l’usage quotidien, non contrôlé, de résines ou de compléments.

Les revues scientifiques sérieuses insistent sur les limites : variations de composition des extraits, dosages, effets secondaires possibles, interactions avec d’autres médicaments. Substituer un traitement prescrit par un professionnel de santé par de l’oliban brûlé ou des préparations artisanales revient à confondre tradition et thérapie moderne, avec des risques réels. L’usage rituel de l’encens peut coexister avec un suivi médical, mais ne doit pas s’y substituer.

“Brûler de l’oliban purifie l’air de toutes toxines” : ce que disent (et ne disent pas) les études

Autre affirmation fréquente : l’idée que la fumigation d’oliban “purifie” l’air au point d’éliminer toutes toxines, microbes ou polluants. Si certaines études se sont intéressées à l’impact de résines et d’huiles essentielles sur des micro-organismes, la question de la fumée en intérieur est beaucoup plus complexe : elle dépend de la quantité brûlée, de la ventilation, de la taille de la pièce et des caractéristiques des charbons utilisés.

De plus, la combustion de résines sur charbon produit des particules fines et des composés variés, que les autorités sanitaires recommandent de limiter en milieu clos. La dimension symbolique de “purification” reste très forte : elle participe au ressenti de nettoyage, de renouveau, de mise à distance. Mais, du point de vue de la qualité de l’air, la prudence reste de mise : doses modestes, fenêtres ouvertes, fumigations espacées plutôt que quotidiennes et prolongées.

“L’oliban rajeunit la peau et efface les rides” : où s’arrête la cosmétique traditionnelle ? 

Certaines promesses cosmétiques attribuent à l’oliban des effets spectaculaires : “effet lifting”, “disparition des rides en quelques jours”, “réparation de toutes les cicatrices”. La littérature scientifique ne confirme pas de telles promesses dans les conditions réelles d’usage domestique : quelques produits cosmétiques modernes intègrent des extraits d’oliban, mais leurs effets doivent être évalués comme ceux de n’importe quelle formulation, et non comme des miracles.

De plus, appliquer des résines ou des préparations non testées sur la peau comporte des risques d’irritation ou de sensibilisation, surtout sur le visage ou autour des yeux. Le fait que l’oliban soit utilisé traditionnellement dans certaines préparations ne suffit pas à garantir l’innocuité de toutes les recettes partagées en ligne. Ici encore, la prudence et la consultation de sources sérieuses sont préférables à la reproduction aveugle de conseils trouvés sur les réseaux sociaux.

Rituels, bien-être et science : ce que l’on peut dire honnêtement 

Ce fact-checking ne vise pas à “déboulonner” les rituels ou la dimension sacrée de l’encens, mais à clarifier la frontière entre croyance, tradition, marketing et science. Il est tout à fait légitime de dire que brûler de l’oliban peut contribuer à un sentiment de calme, de centration, de mise à distance des préoccupations, dans la mesure où les odeurs et les rituels modulent fortement notre perception et notre état émotionnel.

Ce que la science peut documenter, ce sont surtout ces dimensions : impact sur la perception olfactive, sur l’ambiance, sur la qualité subjective du temps passé, parfois sur certains marqueurs de relaxation. Ce qu’elle ne peut pas valider, en l’état actuel des connaissances, ce sont des promesses absolues : guérison miracle, purification totale, protection automatique. Entre les deux, il y a un espace où la pratique rituelle et la rigueur scientifique peuvent coexister sans se contredire.

Vers une pratique consciente : du terroir au brûle-parfum 

Relier l’espèce, le terroir et le geste de fumigation 

Chaque larme de résine porte une histoire : une espèce botanique (Boswellia sacra, carterii, frereana…), un terroir (Oman, Somalie, Éthiopie, Inde), une saison de récolte, un geste de coupe et de tri. En précisant, autant que possible, ces éléments sur les fiches produits – par exemple “Boswellia carterii, Somalie – région Hasasha, Sanaag” – on relie la pratique domestique à des paysages bien réels, à des arbres et à des personnes.

Pour la praticienne ou le praticien, ces informations ne sont pas seulement “techniques” : elles permettent de tisser un lien plus conscient entre l’encens que l’on brûle et le monde dont il est issu. Elles invitent aussi à varier les expériences, à comparer des lots, à découvrir comment une même espèce peut s’exprimer différemment d’un terroir à l’autre.

Prendre soin des arbres et des personnes derrière chaque larme

Les débats sur la possible surexploitation de certains Boswellia rappellent que les arbres ne sont pas des ressources infinies : des travaux mettent en évidence des baisses de régénération, des pressions foncières, des effets de récoltes trop fréquentes ou mal conduites. Une récolte durable implique de limiter le nombre d’incisions, de laisser des périodes de repos, de protéger les peuplements des incendies et du surpâturage, tout en assurant des conditions de vie décentes aux récoltants.

Pour les amateurs et les marques, soutenir des filières qui s’engagent dans ces directions – même de manière imparfaite – est une manière de prolonger la disponibilité de ces résines à long terme. Un encens “bon marché” obtenu au prix d’une dégradation rapide des peuplements n’est, à terme, ni éthique ni pragmatique : sans arbres en bonne santé, il n’y a plus d’oliban.

Construire sa propre cartographie d’encens : un chemin plutôt qu’une recette 

Au final, travailler avec les Boswellia ressemble moins à l’application de recettes toutes faites qu’à un chemin : explorer différentes espèces, terroirs, grades, contextes rituels, tout en écoutant les réponses du corps, de la respiration et de l’espace. Les connaissances botaniques, historiques et scientifiques fournissent un cadre, mais c’est la pratique régulière, consignée et réfléchie, qui permet de bâtir une véritable cartographie personnelle.

Dans cette cartographie, il y a de la place pour l’encens d’Arabie comme pour l’encens de Somalie, pour les mélanges oliban–myrrhe comme pour les accords plus doux avec le benjoin, pour les méditations silencieuses comme pour les rituels plus collectifs. L’essentiel est de garder ensemble trois dimensions : la précision des matières, le respect des traditions et des écosystèmes, et le plaisir, très simple, de voir une larme de résine se transformer en fumée.

 

Bibliographie scientifique courte 

Abushammala, M. et al. (2019). “Frankincense (Boswellia spp.) and Myrrh: Historical Uses and Modern Pharmacology.” Journal of Herbal Medicine.

Langenheim, J.H. (2003). Plant Resins: Chemistry, Evolution, Ecology, and Ethnobotany. Timber Press.

Coppen, J.J.W. (1995). “Frankincense and Myrrh: Recent Developments.” Non-Wood Forest Products Series, FAO.

Fernandes, A. & al. (2017). “Boswellia serrata and Boswellic Acids: A Review of Biological Activities.” Phytochemistry Reviews.

Alemu, S. et al. (2014). “Population Structure and Regeneration Status of Boswellia papyrifera in Ethiopia.” Journal of Forestry Research.

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